Archives du jour : 3 juin 2012


Bien des commentateurs de ce printemps québécois aimeraient n’y voir que confusion. « Qu’ont à voir ces défilés festifs de corps de batterie de cuisine avec les revendications étudiantes?», lancent-ils alors qu’ils cherchent une question à leurs réponses. Le plus simple : tout. Deuxième de trois billets sur le printemps québécois. | Par Jean-Philippe Perreault  En février, il s’agissait d’un conflit entre le gouvernement et des étudiants des collèges et des universités. Dès mars, la mobilisation s’élargissait et l’on pouvait parler, avec prudence, d’un mouvement social. Loi 78 et milliers de casseroles plus tard, comment décrire cette histoire qui s’écrit? Alors que tout un chacun cherche une « sortie de crise », de quelle crise faut-il sortir? Casseroles et conflit étudiant sont liés, dans la mesure où ce dernier n’est qu’une illustration de l’impasse dans laquelle de nombreux Québécois de tous âges, mais particulièrement certains jeunes, se trouvent piégés. Quelle impasse, direz-vous, nous vivons dans un pays riche et libre où chacun peut faire sa place, non? Bien voilà: l’impasse tient précisément à l’obligation de faire sa place et sa réussite alors que les conditions sociales et politiques excluent ceux qui n’arrivent pas (ou plus), à un moment où l’autre de leur vie, à jouer le jeu. Le son des casseroles est un appel à en changer les règles, un « Time Out ! » collectif, une contestation de l’arbitre pour partialité… et corruption. Il est raisonnable de lire dans cette protestation envers un gouvernement « démocratiquement élu » l’état d’un politique qui n’est plus en mesure de résister aux assauts des logiques marchandes et de leur imaginaire religieux; une régulation qui va bien au-delà de la dimension strictement économique et qui signe l’« unification [du monde] sous le signe du marché », et ce, jusqu’au « régime du croyable », une mutation aux « conséquences anthropologiques incalculables », selon Marcel Gauchet (1998, p. 66). Et non, il ne s’agit pas d’une position idéologique et politique portée par ceux qui attendraient encore et toujours le Grand Soir. Mais un constat. Si vous êtes à même de repérer une régulation sociale centrale autre que celle du néolibéralisme et du marché, veuillez nous écrire S.V.P. et dans les plus brefs délais. Nous vous répondrons dès notre retour du Walmart. Mais pourquoi à ce moment-ci, alors qu’au cours des dernières années, l’indignation n’avait pas fait le printemps (érable)? Parmi les nombreux facteurs expliquant la situation, il y aurait l’atteinte d’un certain équilibre dans la tension entre l’abstrait et l’incarné, tension nécessaire à la mobilisation citoyenne. En les détournant un peu, nous pouvons reprendre les propos de Raymond Hudon dans un ouvrage récent (2012). Il nous rappelle qu’abstraction et dépolitisation vont de pairs. Ce sont des situations concrètes qui appellent la participation. La simple appartenance citoyenne ne suffit pas. En revanche, la participation politique nécessite aussi une certaine abstraction : se sentir concerné et interpellé au-delà des situations particulières. N’est-ce pas ce qu’a permis la loi 78? Des frustrations et exaspérations à la fois communes et différentes se sont trouvées incarnées dans un mouvement pugnace. Pour ceux qui perçoivent cette loi spéciale comme une menace à la démocratie – et ils sont plusieurs – le retentissement des casseroles est le refus du silence et de la résignation : voilà juste ce qu’il faut d’abstraction et d’incarnation. Et voilà ce que l’on retrouvait inscrit sur une banderole hier: « Ceci n’est pas un conflit étudiant, c’est une société qui se réveille ». Si une image est nécessaire pour illustrer le tout, nous ne pouvons que citer un extrait de ce très beau texte de Raynald Robinson paru dans le Devoir : « Je marche et, tout à coup, au détour d’une rue, à la fenêtre d’un […]

Sortie de crise: de quelle crise?