Archives du mois : juillet 2012


Quatrième citation d’une série qui nous rappelle que «les objets qui apparaissent dans le rétroviseur sont plus proches qu’ils ne paraissent». Comme à l’habitude, saurez-vous deviner de quoi il est question? Que décrit-on? Où et à quelle époque? | Par Jean-Philippe Perreault                                                             Citation:  « Ici, la fièvre dévaste par dizaines et le choléra par centaines. Ici, les gens se poignardent les uns les autres, et y pensent peu. Ici, des ruelles étroites, de hauts murs obscurs de maisons en pierre avec des fenêtres cassées, collées par du papier dans les étages inférieurs et bourrées de chiffons dans les étages supérieurs; degrés de misère que j’ai observés dans le Cowgate et dans l’ouest du Port d’Édimbourg. Ici, les femmes, pieds nus, calment leurs enfants aux esprits ardents, et les hommes brutaux qui tueraient leurs épouses et leurs enfants s’ils osaient. Ici des tas de poussière dans lesquels les porcs avec leurs longs groins […] se querellent pour de maigres os. Ici des fossés et des flaques d’eau, des tas de coquilles d’huîtres et de la vaisselle cassée, des tiges de choux et des fragments de chapeaux et chaussures. Ici, des avis déchirés sur les murs offrant des récompenses pour l’arrestation des voleurs et des assassins; pénible évocation d’actes sombres. Nous avons vu des femmes avec les cheveux emmêlés, debout dans les rues, et des hommes avec des visages pâles et les yeux injectés de sang, titubant ou assis la tête entre les mains, regardant par des fenêtres colmatées par des chiffons. Il y avait des enfants aussi, n’ayant d’enfant que le nom; enfance aride et sans innocence, apprenant, en zézayant, à prononcer le nom de Dieu en vain, préparation à une maturité de souffrance et de honte.» [Traduction maison approximative… désolé] Que décrit-on? Où et quand?        Réponse La jeunesse est une construction sociale. Son émergence est associée à la mise en place de systèmes d’éducation extrafamiliaux. Elle naîtra d’abord dans l’aristocratie et la noblesse pour ensuite gagner la bourgeoisie. Dans les classes ouvrières et paysannes, la jeunesse n’existe tout simplement pas. On passe de la petite enfance à l’âge adulte très tôt, dès que l’on est physiquement en mesure de travailler. Lors de l’instauration de la scolarisation obligatoire au Québec en 1943, on rapporte qu’à la Dominion Textile de Saint-Henri, des jeunes filles de 10 ans y travaillent. Ah oui ! Et la réponse à notre question : il s’agit des observations de globe-trotter Isabella Lucy Bird rapportées dans son livre « The Englishwoman in America ». Et elle y décrit la vie – de son point de vue – dans le quartier Saint-Roch à Québec, en 1854. D’ailleurs, pour mieux comprendre et apprécier ce quartier, on peut écouter l’épisode fort intéressant de Sans domicile fixe (SRC) qui a inspiré ce billet. Ce regard dans le rétroviseur met en évidence les importantes transformations du dernier siècle dans le rapport à l’enfance et aux enfants. Et si, comme bien d’autres quartiers, Saint-Roch a bien changé depuis, des inégalités demeurent : lorsqu’on compare avec certains secteurs de la haute-ville de Québec (Ste-Foy-Sillery-Cap Rouge), plus du double des résidents sont sans diplôme d’études secondaires – le triple dans le quartier voisin de St-Sauveur – et l’espérance de vie en santé est de 10 ans plus courte (Source). En ce sens, non, nous ne naissons pas tous égaux. __________________________________ Informations et crédits photo St-Roch en 1860 : Fiche du Musée McCord Crédits photo St-Roch aujourd’hui : Flirk

[Avancer en arrière #4] Le temps de l’enfance


Ce n’est pas avec un titre pareil que l’on fait l’unanimité. Cette association banalise l’expérience de foi, diront certains croyants alors que des « carrés rouges » y verront une tentative de récupération. Les uns comme les autres pourraient nous accuser de voir de la religion partout, et donc nulle part. Seulement, ce titre ne parle pas de religion, mais de religieux. Troisième note de recherche sur le « sens » du printemps québécois, au-delà du conflit sur les droits de scolarité.  | Par Jean-Philippe Perreault Avec toute la prudence nécessaire, Marco Veilleux l’évoque en entrevue : les manifestations des derniers mois auxquelles il a participé ont quelque chose de religieux. Ritualité, reconnaissance mutuelle, engagement pour « une cause » qui dépasse le seul intérêt des individus. Une forme religare qui crée du lien social, constate-t-il. Pourraient aussi s’ajouter la dimension transgressive et agrégative des manifestations, l’effervescence collective et la mise en scène, le discours des manifestants ayant, à l’occasion, des « consonances religieuses ». Aussi fascinants soient-ils, ces constats ne demeurent que des indicateurs. Il nous faut donc faire un pas de plus et tenter de comprendre le « il-se-passe-quelque-chose » tant entendu au cours des derniers mois; creuser jusqu’aux dimensions fondamentales, disons, de ces « moments fondateurs » que certains appellent des « troubles sociaux ». Religion et religieux Il en va de la religion comme d’autres faits collectifs : le processus de définition est incontournable et insatisfaisant à la fois. En sciences des religions, on a généralement abandonné depuis un certain temps la quête de la définition absolue et définitive. Il n’y en a pas de bonnes ou de mauvaises, il n’y a que des définitions plus ou moins opérantes, dit Peter L. Berger dès 1971. Cela dit, une distinction conceptuelle entre le religieux et la religion apparaît heuristique pour qui s’intéresse aux formes contemporaines du religieux/religion. Le religieux – le substantif et non l’adjectif – relève du processus d’établissement, à travers l’activité humaine, d’un ordre englobant toute la réalité et déterminant « le vraisemblable ». Le religieux est  « le fait des sociétés et/ou des individus dont elles se composent;  […]des individus agissant et (se) pensant en tant qu’individus, en tant que membres d’un groupe déterminé, membres de la société, ou en tant que parties prenantes de l’humanité ou du cosmos en général. » En somme, « le religieux est à la religion ce que le politique est à la politique. » (Caillé, 2003, p. 318). Il ne s’agit pas d’une substance, mais d’une catégorie (Gauthier, 2008). Ainsi, nous pourrions dire du religieux qu’il n’est pas tant ce que permet la croyance que ce qui la permet. Il offre un endoxa déterminant ce que l’on est autoriséà croire (Certeau, 1981).On peut considérer que les religions sont ces systèmes solidaires de sens et de croyances (Durkheim), plus ou moins institutionnalisés et confessants, c’est-à-dire explicites. Elles proposent, par la lignée croyante (plus ou moins longue) dans laquelle l’individu s’inscrit (Hervieu-Léger), une réponse à l’ab-sens (Raymond Lemieux) en offrant une voie de « salut » ou de « libération » dans certaines traditions. Ainsi, elles apparaissent comme « une communication symbolique régulière par rites et croyances se rapportant à un charisme fondateur (ou refondateur) et générant une filiation. » (Willaime, 2003, p. 260) L’unité imaginaire de la société La fonction du religieux est de produire « une unité imaginaire de la société, le vrai semblable d’un monde où l’être humain […] puisse trouver une place effective, c’est-à-dire pensable, imaginable. » (Lemieux, 1993, p. 39) Cette « unité imaginaire » est au cœur du social : la société en est le  produit et la productrice. Par conséquent, existe-t-il toujours des mythes, des personnages, des rites, des règles, des croyances qui n’appartiennent pas particulièrement à une religion, en substance et en « appellation contrôlée », mais qui procèdent tout de même de […]

Printemps érable est (aussi) religieux



Troisième citation d’une série qui nous rappelle que «les objets qui apparaissent dans le miroir  sont plus proches qu’ils ne paraissent». «  Il y a trente ans, 70 % des ministres québécois avaient moins de 50 ans. » Source : Élie Beley-Pelletier, Élise Demers et Samuel Doré, « Forum jeunesse au Québec et développement de l’expertise citoyenne » dans Bernard fournier et Raymond Hudon, Engagement citoyen et politique de jeunes. Bilans et expériences au Canada et en Europe, Québec, PUL, 2012. Les paris sont ouverts : dans l’actuel gouvernement Charest, quelle est cette proportion? Réponse: … 12 %. Des 26 membres du Conseil des ministres, seulement 3 ont moins de 50 ans. C’est dire que 88 % ont 50 ans et plus, la moyenne et la médiane se situant à 56 ans, selon nos propres recherches et calculs. L’âge ne dit pas tout, bien sûr. Cependant, si les 18-35 ans représentent environ 20 % de la population, il est intéressant de constater que seule la ministre Yolande James est dans la trentaine.

[Avancer en arrière #3] Ministres: l’âge ne dit pas tout, mais…