Franchir les frontières: immédiateté|temps [3/5]


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Pour plusieurs, la pertinence et la survie du catholicisme en nos terres sécularisées tiendraient à sa capacité à franchir les frontières qui le séparent du quotidien d’une majorité de Québécois. L’intérêt sociologique ici est d’observer cette entreprise confessante et, ce faisant, de localiser où le religieux affleure et se recompose. Troisième de cinq billets. 

En niant la mort, on pourrait penser que l’on possède davantage de temps. Or, c’est plutôt à un fractionnement du temps que l’on assiste. La finitude s’effaçant, l’horizon tend à disparaître. Ne reste que le « ici et maintenant ».

Sans doute que cette immédiateté peut entraîner une perte de sens. Mais il est plus intéressant de la considérer plutôt comme une productrice de sens : moins de durée, plus intensité. À l’agenda débordant correspond un sentiment d’exister.  Cette immédiateté et cette accélération du temps ne sont pas nouvelles. Elles sont constitutives de la modernité et elles témoignent d’un changement de régulation sociale. Les religions ont toutes cherché à donner du contrôle sur le temps par des rites, des fêtes, des calendriers. Désormais, non seulement ce contrôle leur échappe, mais elles s’y trouvent soumises. L’une des transformations les plus notables du christianisme tient en ce renversement copernicien : d’un salut dans l’au-delà au salut intra-mondain du bonheur ici-bas (Yves Lambert).

Plus encore, des enquêtes menées chez des adolescents montrent que le recours aux technologies (médias sociaux) est une manière de contrôler leur temps, de créer un tempo relationnel qui est à la fois celui d’être informé et d’informer en temps réel – il faudrait d’ailleurs réfléchir à cette expression – et de se créer un récit fondateur personnel (par des statuts, des photos, des commentaires…) où, si le temps n’a plus la durée d’autrefois, il acquiert une nouvelle intensité. On constate d’ailleurs ce que Jocelyn Lachance nomme la nostalgie du présent : être conscient que le moment vécu actuellement n’est déjà plus qu’un souvenir qui s’effrite (Source).

Il y aurait beaucoup à dire et à penser de ce nouveau rapport au temps auquel nous sommes tous sommés de participer tout en en faisant souvent les frais. Ce sur quoi il me semble important d’insister est que ce rapport au temps n’est pas qu’une conséquence d’un mode de vie imprégné des exigences de la performance ou de je ne sais trop quelle dimension de l’organisation personnelle. S’y joue des questions fondamentales qui concernent l’engagement, l’avenir, le sens. Qui s’est arrêté pour penser le rapport au temps? Que signifie le discernement (spirituel, religieux ou strictement humain) dans cette nouvelle temporalité?

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