Journée d’étude | Laïcité au miroir de la religiosité


Depuis plus d’une décennie maintenant, la société québécoise a rarement autant discuté d’encadrement de la religion mais aussi peu de religiosité, et elle a rarement discuté autant de laïcité québécoise mais aussi peu du Québec…

Ces deux propositions peuvent paraître étonnantes mais pourraient néanmoins s’expliquer assez aisément : le vif débat sur la laïcité dont le Québec a été le théâtre s’est beaucoup préoccupé de principes universels (politiques, juridiques et moraux), ainsi que de grands modèles d’action. Côté principes : neutralité de l’État contre laïcité de l’État, égalité des religions contre égalité des sexes, droits individuels contre droits collectifs, liberté individuelle contre bien commun, symboles religieux contre symboles patrimoniaux, autonomie contre authenticité, républicanisme contre libéralisme. Côté grands modèles : laïcité ouverte ou stricte, convergence culturelle ou pluralisme, multiculturalisme, interculturalisme ou assimilation. Débats d’importances s’il en est, mais qui tendent à contourner ce qui constitue pourtant l’objet premier du litige : la religiosité des Québécois. Plus rarement, en effet, a-t-il été question des rapports que les Québécois d’hier et d’aujourd’hui entretiennent à l’égard de la religion et des religions.

Certes, le récit de la Révolution tranquille comme sortie de la Grande noirceur fut maintes fois narré, comme s’il résumait la religiosité des Québécois et la place donnée à la religion au Québec. En peu de mots, les Québécois auraient congédié en 1960 le catholicisme traditionnel canadien-français et n’attendraient plus, depuis, que l’achèvement définitif de la laïcisation qua sécularisation du Québec (que celle-ci soit stricte à la française ou ouverte à l’américaine). Seulement voilà, si pareil récit fournit une précieuse entrée en matière, il ne saurait offrir le fin mot de l’histoire du rapport complexe, diversifié et évolutif des Québécois à la religion : on s’explique bien mal avec ce seul récit certaines expressions religieuses visibles des Québécois francophones, par exemple, telle la longue persistance de l’enseignement confessionnel à l’école publique, telle l’importance accordée aux crucifix de l’Assemblée nationale, telle la continuité d’une appartenance majoritaire déclarée au catholicisme, telle les diverses croyances religieuses et éthiques largement issues du catholicisme (tout particulièrement de facture personnaliste), sans compter leur « colère anti-théologique » elle-même. Ajoutons à cette sommaire énumération toutes ces autres religiosités qui peuplent le territoire québécois, moulent son visage religieux, inspirent son débat politique, nourrissent son imaginaire social, empreignent sa culture, et ce, qu’elles soient nouvelles (ex : new age, Islam – et encore, quel Islam?) ou anciennes (ex : judaïsme, protestantisme). Toutes, plus encore, modulent l’encadrement législatif de la religion dont elles sont l’objet… En une phrase : l’économie de la laïcité ne peut faire l’économie du religieux qui en est l’objet… et parfois même le sujet.

Réunissant une quinzaine de chercheur.e.s, dont trois invités internationaux, la présente journée d’étude interdisciplinaire ne cherchera pas à proposer un modèle de laïcité et à le justifier en principe, mais à comprendre la laïcité du Québec au miroir de sa religiosité.


21 novembre de 14h30 à 17h et 22 novembre de 8h30 à 18h30 | 140 Z – FAS, Université Laval 

Entrée gratuite sans inscription | Ouvert au grand public

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