Projet de recherche sur les JMJ


Les JMJ comme espace de composition de l’identité religieuse

La Journée mondiale de la jeunesse (JMJ) de l’Église catholique est un lieu d’enquête et d’analyse particulièrement propice pour qui s’intéresse aux rapports des jeunes aux religions. Il s’agit non seulement d’un des plus grands rassemblements religieux mondial, mais sa configuration rend possible l’observation et la documentation d’un type de religiosité particulier, traversé par les rapports à l’institutionnel, à la mondialisation, à l’événementiel, à la médiatisation, à l’individualisation et la personnalisation des itinéraires de sens; et ce, dans des contextes où l’expression publique de la foi et la manifestation de l’appartenance religieuse sont soumises aux normes de sociétés et de cultures plus ou moins sécularisées. L’événement est concentrateur/révélateur de ce qui se trouve produit lorsque la jeunesse et l’autorité d’une institution religieuse se rencontrent dans la culture contemporaine mondialisée.

Né de travaux et de collaborations amorcés dans le cadre du projet de recherche aquitano-québécois Jeunes et éducateurs dans la démocratie des identités (JEDI), le présent projet s’intéresse aux rapports des jeunes au religieux. Dans une approche à la fois interdisciplinaire et internationale, il veut décrire et comprendre les processus d’élaboration des identités religieuses en documentant et analysant l’un des espaces illustres de cette composition que sont les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de l’Église catholique.

D’abord porté par une équipe franco-québécoise de quatre chercheurs, ce projet à l’intention de multiplier les collaborations en différents pays afin d’élargir la collecte de données et de mener des analyses comparatives. En plus de la production scientifique, ce projet aurait pour retombées la consolidation et le développement d’un réseau international de recherche autour du thème « jeunes, identités et religions ».

Chercheurs responsables

Les JMJ: question générale de la recherche

Les quelques rares études sur les JMJ laissent croire que les jeunes y participent notamment pour briser l’isolement dans une culture sécularisée où leur engagement religieux les confine à la marginalité (Warren, 2006 ; Perreault, 2006). En ce sens, les JMJ seraient l’occasion pour l’Église catholique de contrer les effets de la sécularisation en présentant aux jeunes comme à l’ensemble de la population un religieux s’inscrivant avec pertinence et dynamisme dans la sphère publique (Halter, 2012). De plus, au nombre des attentes chez les jeunes, on note un désir d’approfondir leur foi et leur vie spirituelle, d’explorer et de partager sur la manière dont les catholiques du monde entier vivent leur foi et de vivre une expérience intense de rassemblement et de pèlerinage (Rymarz, 2007). L’intérêt pour les JMJ vient de l’effet de contraste : l’intensité de la rencontre tranche radicalement avec la vie religieuse vécue en paroisse ou dans de petits groupes (Rymarz, 2007) au point de produire chez les participants une « expérience de l’extraordinaire » (Perreault, 2006) qui n’est pas sans nous rappeler les propos de Durkheim : cette expérience ferait « jaillir la sensation du sacré sous sa forme première » et donner ainsi à l’individu « un sentiment plus vif de la double existence qu’il mène et de la double nature à laquelle il participe  » (Durkheim, 1998, p. 313-314).

Ainsi, si l’on connaît les motivations, les effets et la religiosité propre à ces grands rassemblements, nous sommes par ailleurs bien peu informés sur l’inscription de cet événement 1) dans l’itinéraire spirituel des jeunes qui y participent, 2) dans la culture contemporaine trop rapidement et commodément décrite comme « sécularisée », 3) dans l’évolution historique du catholicisme. Dans une approche inductive, la question générale de recherche qui guide cette enquête peut donc se formuler ainsi :

dans leurs parcours religieux, dans la culture contemporaine et dans l’histoire récente du catholicisme, qu’est-ce qui rend possible la participation des jeunes aux JMJ et la tenue d’un tel événement?

Objectifs de la recherche sur les JMJ

Afin de répondre à cette question générale, le projet se fixe les objectifs suivants :

  • Connaître les principales caractéristiques de la population des jeunes catholiques qui s’inscrivent aux JMJ : âge, taux de pratique religieuse, milieu socioéconomique, fréquence de participation aux JMJ, etc.
  • Cerner les principales composantes, caractéristiques et constances des parcours religieux et des itinéraires de sens des jeunes participants à partir du récit qu’ils en font : socialisation religieuse, événements marquants, rapports à l’Église, engagements, croyances, processus de construction du sens, etc.
  • Cerner les différents types de rapports des jeunes participants à la société et à la culture : visions du monde et de l’état de la société, liens entre leur vie spirituelle et leur vie sociale, liens entre leur foi et leurs rapports au monde, etc.
  • Mesurer « l’effet JMJ » sur leur parcours à partir du récit qu’ils en font : perception et impacts sur leur vie de leur préparation à l’événement et de leur expérience pendant et après l’événement, le rôle et la place des autres participants aux JMJ et des accompagnateurs, etc.
  • Comprendre les logiques d’appropriation de l’événement chez les jeunes : manières (vocabulaire, images, analogies…) de rendre compte de leur expérience, rapports avec l’institution religieuse organisatrice, rôle des médias, etc.
  • Situer les JMJ et le type de religiosité mise de l’avant dans l’évolution historique du catholicisme : rupture/continuité avec Vatican II, rapports de l’Église au monde, indicateurs de l’état du catholicisme et de son évolution, etc.

Méthodologie

Ce projet comprend volet qualitatif: entretiens semi-dirigés en trois milieux (Bordeaux, Québec, Montréal) avec des participants aux JMJ 2016,  et ce, avant l’événement et après l’événement.

Un volet quantitatif est également prévu: un questionnaire à compléter en ligne par les participants aux JMJ 2016.

Échéancier

La première phase du projet s’étend de septembre 2015 à décembre 2016. Une seconde phase est en préparation.

Financement

Le projet reçoit l’appui financier et logistique des instances suivantes:

  • Chaire Jeunes et religions, Université Laval
  • Université de Bordeaux
  • Chaire en gestion de la diversité culturelle et religieuse, Université de Montréal

Références

Durkeim, É. (1998), Les formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, Quadrige / Presses Universitaires de France, « Quadrige », 4e édition.

Giroux Bernard, (2011), « De l’Action catholique aux JMJ », Transversalités, 119.

Halter, N. (2013), « The Australian Catholic Church and the Public Sphere: World Youth Day 2008 », Journal of Religious History, 37, 2. p.261-282.

Laloux Ludovic, « Historique de la participation française aux Journées mondiales de la jeunesse : points de repère d’un ralliement tardif », dans Philippe Portier et Jean Baudouin, dir., Le mouvement catholique français à l’épreuve de la pluralité : enquêtes autour d’une militance éclatée, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2002, p. 42‑45

Laloux Ludovic, « Les Journées mondiales de la jeunesse : des pèlerinages sous une forme actualisée? Stratégies de mise en œuvre et réception dans l’espace public », Jérôme Grévy, Luc Chantre, et Paul d’Hollander (dir.), Politiques du pèlerinage, Rennes, PUR, 2014, p. 219-228.

Mason, Michael (2010), “Conversion at World Youth Day” [papier de la communication présentée à la rencontre annuelle de l’Association for the Sociology of Religion, en ligne] disponible à l’adresse : http://dlibrary.acu.edu.au/research/wyd/100812_MM_ASR_paper_full_.pdf

Perreault, J.-P. (2006), « Vibrer ensemble pour exister. La JMJ : religiosité de foule, de contraste et de transgression », Lumen Vitae, LXI, 2, p. 193-206.

Raison du Cleuziou, Y. (2014), Qui sont les cathos aujourd’hui ?, Paris, DDB.

Rymarz, R. (2007), « Who goes to World Youth Day? Some data on under‐18 Australian participants », Journal of Beliefs & Values: Studies in Religion & Education, 28,1, p.33-43.

Warren, J.-P. (2006),  « Un chrétien seul est un chrétien en danger. Quelques motivations de jeunes ayant participé au JMJ », Lumen Vitae, LXI, 2, p. 143-157.

 

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