Sommes-nous dans une crise religieuse? | Avancer en arrière #6


Le pluralisme, le relativisme, l’indifférence religieuse, l’agnosticisme frappent de plein fouet les institutions religieuses en ce début de deuxième millénaire. Le phénomène serait caractéristique du rapport au religieux de la jeune génération actuelle. Sixième citation d’une série qui nous rappelle que « les objets qui apparaissent dans le rétroviseur sont plus proches qu’ils ne paraissent ».  

    

| Par Jean-Philippe Perreault     

« On l’a dit et répété : il est normal qu’un peuple en croissance sur les plans politique et social, économique et culturel, traverse  également une ou des crises religieuses. Une adaptation de la foi et de l’Église, à ce moment de notre histoire, comporte évidemment des risques, qu’il ne faut pas minimiser. Nous pouvons, comme tous les pays du  monde, en sortir ou amoindris ou grandis, selon les réponses que nous fournirons au test de notre confrontation avec le monde. Parce qu’une crise est une épreuve, un réveil ou un déclin peuvent également en résulter. Les faits sont là et ils ne peuvent être niés. La clef du succès ou de l’échec est plutôt à rechercher dans nos attitudes face à la réalité.

Autrefois, j’entends dans l’enfance de ceux et celles qui sont parvenus à une maturité encore tendre, nous vivions, au Québec, dans un climat qui s’apparentait au Moyen Âge. Je veux dire que l’Église Catholique Romaine nous fournissait notre cadre de pensée, nos certitudes intellectuelles, et inspirait toute notre vie morale. Certes, on trichait en affaires, on buvait, on sacrait, (que l’on pense aux trois péchés traditionnels : “la champlure, la sacrure, la luxure”). Il n’y avait toujours qu’un “monde spirituel”, unique.

Aujourd’hui, du moins à Montréal, quarante nations se côtoient chaque jour, au travail, sur la rue et dans le quartier. ll y a aussi les indifférents, les agnostiques, et tous ces “laïques” au sens français du  terme, qui revendiquent une pensée affranchie des dogmes de l’Église et de l’influence du clergé. […]

Aujourd’hui, les moyens de communication nous font connaître leurs idées et ils viennent même nous les dire à la radio, à la T.V. et dans leurs publications. La moindre barrière nous apparaît choquante et nous sommes heureusement curieux de tous ces « autres ». […]

Ces faits apportent un incontestable enrichissement. Impossible de s’enfermer dans le cercle étroit de ses propres idées; il faut tenir compte de l’existence des autres, de ces autres qui nous posent des questions et nous demandent des réponses. Les jeunes, plus spécialement, sont hantés par de pareilles interrogations et les éducateurs le savent bien : « Seront-ils sauvés, eux aussi? – Pourquoi ai-je la foi alors qu’ils ne l’ont pas? »[…]

Il y aura réveil de la foi si nous écoutons les questions des autres et faisons un effort pour exprimer des réponses valables. La conviction personnelle, qui naît d’une étude plus approfondie de sa religion sera la condition sine qua non du succès. Par contre, la crise religieuse chez nous amènera des défections de  plus en  plus nombreuses, si nous refusons de voir ce qui est.»

Sauriez-vous dater cet extrait?

Il est tiré de la revue Maintenant et signé par H.-M. Bradet, o.p., dans l’édition du 15 mars 1963. Le Concile Vatican II vient de s’ouvrir (1962) et l’Exposition universelle de Montréal ne se tiendra que dans 4 ans. Pourtant, les brèches apparaissent évidentes.

Deux éléments fort instructifs. D’une part, la conscience du caractère pluraliste de la société québécoise, confirmée par d’autres documents de l’époque (pensons notamment au rapport Parent). D’autre part, les sources de ce pluralisme : la diversité culturelle, certes, mais aussi les médias. Avec l’arrivée de la télévision dix ans plus tôt, c’est un autre monde qui se trouve (re)présenté.

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Crédit photo de la une: © Jean-Philippe Perreault, 2010, Rosace de la Sagrada Familia, Barcelone

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