Consumérisme


L’attrait pour le matériel? Rien à voir avec l’essentiel, puisqu’il ne s’achète pas. Assurément vrai : les compagnies de cartes de crédit le disent. Si nous crions sur tous les tons et les toits le refus du consumérisme, le « subtil ballet » du centre commercial décrit par David Desjardins dans sa chronique du Devoir est tout sauf anodin. | Par Jean-Philippe Perreault Merci à Collette Brin, Stéphane Thibodeau et David Desjardins pour la discussion Facebook qui a suscité cette modeste réflexion.     Dans l’édition du 2 février dernier du Devoir, David Desjardins conclut ainsi sa série de trois papiers sur les cégeps : […] s’ils ne sont pas en file pour sortir de Place MachinChose, nos diplômés des études supérieures s’entretuent sans doute au Costco pour la dernière meule de ce fameux parmesan à bas prix que tout le monde s’arrache. Ou si vous préférez, une fois qu’on en a vanté les mérites, il faut aussi savoir que toute cette belle éducation supérieure est parfaitement soluble dans la culture ambiante. Notamment quand celle-ci agit comme un rouleau compresseur et que la refuser demande un effort qui s’apprend, mais qui s’oublie vite. Quelle est cette force par laquelle les enseignements des enseignants, les recherches des chercheurs, les œuvres des grands auteurs, les réflexions des intellectuels et même les efforts des étudiants se font rouler? Comment expliquer l’emprise des logiques marchandes sur tant de secteurs et de dimensions de la vie? Desjardins pointe les « certitudes du consumérisme et de la culture de masse » qui offrent les « réponses claires et réconfortantes du conformisme [permettant] de se laisser porter avec la foule » pour expliquer la puissance dissolutive du mouvement. Certitude est-il le terme le plus juste? Son emploi fait en sorte que le chroniqueur évoque, peut-être malgré lui, un possible lien entre le consumérisme et quelque chose comme de la religion. Religion ou religieux de marché? Rituels du magasinage, apologétique des publicités, centre d’achats comme lieux de culte. Elles ne sont pas nouvelles les analyses de la consommation en termes religieux. Dans bien des cas, leur principale limite est de prendre les indicateurs pour des explications et de demeurer ainsi au seuil de la description. Prendre au sérieux le fait que nous vivons dans une société de consommation force à dépasser l’analogie. Il nous faut considérer de manière globale le marché non pas comme de la religion, mais relevant du religieux. Comme catégorie pour penser la société et l’agir humain, le religieux concerne le processus de détermination du vraisemblable : ce qu’une culture et une société « permettent » de croire. Il n’y a pas si longtemps en Occident, la religion (christianisme) définissait l’imaginaire collectif et s’assurait d’une régulation sociale conséquente par toutes sortes de mécanismes plus ou moins efficaces : morale, rites, encadrement communautaire, occupation de l’espace, gestion du temps, éducation. Si désormais la vie collective s’est soustraite à l’autorité des traditions religieuses, ce n’est que pour troquer cet imaginaire contre un autre et mettre en place de nouveaux modes de régulation. Hier encore, la tradition et la lignée dictaient le possible du présent pour les individus. Aujourd’hui, c’est l’obligation de faire sa place dans le monde par une performance personnelle et, parfois, individualiste. Retracer les germes de cet imaginaire collectif et de cette « scène mythique » (R. Liogier) demanderait de retourner aux origines de la modernité. De telles innovations ne sont pas de naissance spontanée. Avec ses courants, ses paradoxes et ses tensions, l’imaginaire contemporain est l’héritage de ces évolutions. Il engendre, pour aujourd’hui, une unité tout aussi imaginaire de la société qui détermine à son tour ce qui est valable et vraisemblable. L’entrée en des sociétés de consommation et […]

L’effort de se perdre. Certitudes et religieux de marché