Cultures jeunes


L’étude de la religion chez les jeunes combine deux défis des plus stimulants. D’une part, nous devons faire face à la mouvance des frontières du champ du religieux sous l’effet d’interprétations contrastées de la situation contemporaine: disparition de la religion ou retour? Hypersécularisation ou désécularisation? Exculturation ou reconnexion avec la culture de la consommation ? Dérégulation du religieux ou recomposition? Quant à la jeunesse, la définition de cette période dite de transition pose aussi question: où mène ce passage dès lors que l’attrait de la nouveauté et l’idéal de rajeunissement semblent avoir détrôné l’intérêt pour la maturité et la sagesse? Qu’est-ce qu’être jeune, adulte ou vieux dans une société où l’horizon de la vie se transforme et dans une culture qui cherche à faire disparaitre la mort? S’attaquer à ces défis permet d’explorer la fécondité de ce champ d’étude non seulement pour la compréhension de la «jeunesse-vécue», mais, plus globalement, du religieux et de la société contemporaine. Conférence de Jean-Philippe Perreault, professeur en sciences des religions, dans le cadre des Midis-CIEQ Jeudi 25 janvier 2018, 12h Pavillon De Knonck, local 3244, Université Laval  Entrée libre. Bienvenue à toutes et à tous ! AFFICHE

Quand il n’est plus possible de vieillir… | Midis du CIEQ




« Nous sommes passés de l’ère du V-8 à l’ère du 4G! » La voiture, symbole de la jeunesse et du passage à l’âge adulte serait remplacée désormais dans les cultures jeunes par Internet et le téléphone intelligent, soutient Fabien Loszach. | Photo: Jérémie Kyala, Le monde en images, CCDMD Dans une chronique fort intéressante de la toute aussi intéressante émission La sphère de la première chaine de Radio-Canada, Fabien Lauszach note le changement symbolique dans la culture jeune: ils rêvent tout autant de mobilité, affirme-t-il, mais la voiture n’en est plus le symbole. Bien que je vous conseille d’écouter l’émission dans son intégralité, vous trouverez la chronique de Fabien Loszach à partir de 18 minutes 30 secondes. Sur Twitter, suivez Fabien Loszach (@Floszach), La sphère (@RC_Lapshère) et son stimulant animateur Matthieu Dugal (@MatthieuDugal) ______________________________________ Crédit photo : © Jérémie Kyala, Le monde en images, CCDMD, deuxième prix du Concours intercollégial de photo 2011-2012.

Du char au iPhone: changement symbolique


Trois soirées en avril 2012 où, par une formule ouverte et attentive, Fjord jeunesse et ses partenaires se sont mis à l’écoute de la génération Y, de leurs attentes, projets et quêtes. Récit, constats et questions avec Jocelyn Girard, l’un des organisateurs du Forum re-génération Y. Un balado qui donne la parole aux intervenants.  | Par Jean-Philippe Perreault Par ses intentions et sa formule, cette initiative  – dont les suites sont déjà prévues – nous informe sur les défis rencontrés par des mouvements catholiques lorsqu’ils souhaitent, en toute ouverture, entrer en dialogue avec des jeunes. En entrevue, Jocelyn Girard nous explique l’origine de ce forum, rend compte de ses temps forts et nomme avec honnêteté certaines déceptions dont le mérite est de relancer les questions. Présentation d’une expérience d’exploration dans l’univers spirituel et religieux des jeunes. Balado: À l’écoute des 18-35 | J. Girard sur le Forum re-génération Y En téléchargement Disponible sur ITunes En complément… Fjord jeunesse Stéphane Simard, Génération Y,  [mentionné par J. Girard dans le balado] Olivier Rollot, Génération Y, Paris, PUF, 2012 Crédit photo de la une : Stoned59 via photo pin cc

[Balado] À l’écoute des 18-35



Alors que la grève étudiante fait rage un peu partout au Québec, impossible de ne pas songer à la célèbre provocation de Pierre Bourdieu : « la jeunesse n’est qu’un mot ». Sur les places publiques et dans la rue, dans les assemblées étudiantes et sur les parvis des pavillons universitaires, dans l’œil de l’hélicoptère et à la une des journaux, sur les blogues et lors de tribunes téléphoniques, une jeunesse se crée par la force des mots et des images. Et ceux qui en parlent en disent plus sur eux que sur les jeunes. Inévitablement.

Grève étudiante: la force des images et des mots


Dans le cadre du cours Foi, religion, spiritualité et monde des jeunes, les étudiants étaient invités à explorer une sous-culture associée aux jeunes ou un aspect de la culture jeune. Voici l’une de ces explorations. La médiatisation des pratiques à risques sur le « net »:  le phénomène de Car Surfing Par Jean-Philippe L.Mineau, étudiant, FTSR, Université Laval Une vidéo[1] accessible sur le site internet Youtube montre un jeune homme d’une vingtaine d’années qui s’installe à genou sur le toit d’une berline américaine. Habillé d’un t-shirt et d’une paire de jeans les traits de son visage traduisent l’émotion qui l’anime. L’excitation est palpable. Les commentaires de celui qui filme abondent en ce sens. Installé dans une voiture qui suivra de près toute la scène, incrédule, fasciné, le cameraman, sans doute un ami de l’acteur principal de ce court métrage sensationnel, va immortaliser l’exploit. Devant eux: une route de campagne asphaltée, longue et droite, à perte de vue. Une piste sur laquelle prend vie un scénario dont l’enjeu laisse présager le pire. La voiture de tête sur laquelle s’installe l’individu accroupi se met en mouvement. L’autre la suit de près. Rien, de l’expérience vécue, ne sera perdu. On entend le bruit du vent qui s’impose en arrière-plan sonore d’une image qui défile et ne trompe pas. La caméra nous montre l’odomètre – 60 miles à l’heure – et impose sa réalité. On se demande comment va finir la scène. Soudain, la voiture de tête freine et embarque à cheval entre la route et le bas-côté. Les passagers du véhicule qui suit la scène sont surpris. Le jeune homme accroupi sur le toit se déplace à la hauteur de la portière arrière et entre, par la fenêtre ouverte, dans la voiture toujours en mouvement. Un camion tirant une remorque croise le convoi téméraire obligeant celui-ci à lui céder une part de sa piste de jeu. L’impasse franchie, la voiture de tête reprend sa place sur la route. L’individu émerge de là où il a disparu et reprend la sienne sur le toit du véhicule. Accélération, le scénario reprend. Cette fois, la vitesse atteinte approche les 80 miles à l’heure. Mais l’acteur principal du scénario capté sur le vif repousse les limites. Alors qu’il se tient fermement sur le toit de la voiture filant à toute vitesse à travers un paysage de champs et de boisés, il relâche sa prise, se redresse et, bravant l’impensable, écarte les bras comme dans un geste de victoire envers l’impossible. Il ne garde sa position que quelques secondes. Il reprend aussitôt celle qui initialement nous paraissait si dangereuse, mais qui, une fois traversé le moment passé, donne presque l’impression d’être parfaitement sécuritaire. L’effet est surprenant. On oublie presque que les voitures roulent toujours à près de 80 miles à l’heure. L’action se termine. L’individu victorieux réintègre la voiture par là où il était déjà passé. C’est l’euphorie. J’ai les mains crispées sur ma chaise d’ordinateur. La vidéo a été vu 100mille fois. La scène était imprévisible, elle s’est bien terminée, c’est un succès. Si j’ai choisi de présenter le car surfing de cette manière, c’est parce que les témoins – et les témoignages – semblent jouer un rôle important dans l’expérience vécue du car surfing. En tant que tels, nous faisons partie intégrante de ce phénomène des pratiques à risques qui se déroulent non seulement en public, mais qui sont destinées à être projeté sur les médias sociaux. En effet, le car surfing est souvent réalisé entre amis et de manières informelles prenant la forme d’un jeu ou d’un défi permettant à un ou à quelques individus […]

La médiatisation des pratiques à risques sur le « net »: le phénomène de Car Surfing



L’étude et la compréhension de la jeunesse commande une posture particulière, sans cesse à construire et reconstruire. Elle peut se résumer au maintien en tension de deux enjeux : d’une part, éviter de projeter sur les jeunes sa propre jeunesse idéalisée en les considérant comme des acteurs – et non des victimes. D’autre part, demeurer critique des injonctions, des politiques, des courants de société et de culture qui construisent la jeunesse. Voilà ce qu’a mis en en lumière le débat qui a animé les étudiants du cours Foi, religion, spiritualité et monde des jeunes de la semaine dernière. Cette discussion fut une véritable bénédiction pédagogique. Alors que nous avions passé les dernières semaines à définir la jeunesse en la présentant comme une création dépendante d’un contexte historique, social et culturel; alors que nous avions insisté longuement sur les projections fantasmatiques du monde adulte; alors que nous avions cerné le défi de s’intéresser à la « jeunesse-vécue », voilà que ces considérations furent mises à l’épreuve. Nous venions de visionner le fascinant webdocumentaire « Ma tribu ». Partageant leurs réactions spontanées, plusieurs ont fait part de leurs inquiétudes : ces jeunes qui ont les médias sociaux et le Web comme espace relationnel ne sont-ils pas en péril? N’est-ce pas triste de les voir ainsi? Ils semblent malheureux, diront certains. Pathétiques, laisseront entendre d’autres. Et des collègues rétorqueront : ils ne sont pas malheureux, ils vivent les choses différemment. On soulignera leur désir de faire communauté, de produire du sens, de construire sa voie et de se faire une place… Et le débat lancé! Et l’enseignant s’en réjouit : occasion rêvée d’intégration et de synthèse. Il n’est pas reposant de maintenir en tension les différents regards. Pourtant, l’exercice nous met sur la route de la scientificité. La discussion est incontournable.  Elle a permis, dans ce cas, de nommer les présupposés, les préjugés, les postulats, les visions du monde et des relations humaines des observateurs et leurs conséquences sur la jeunesse créée par leur discours. Ce processus de réflexivité critique – voire de réflexion épistémologique – est une mise en lumière et une mise à distance nécessaires. Elle revient à dire non seulement « voilà ce que je comprends », mais « voilà pourquoi je comprends ce que je comprends ». Ce faisant, un dialogue est possible parce que de l’espace a été créé pour offrir l’hospitalité à d’autres points de vue. À ce moment, la question n’est pas tant de savoir qui a raison et qui à tort, mais de construire ensemble un regard juste, le plus juste possible. Voilà ce que j’espérais en proposant ce cours : créer une communauté de recherche et de réflexion, de dialogue et d’échange. Notre objet d’étude le commande. Merci aux étudiants d’avoir pris le risque de cette discussion!

Du défi de la compréhension de l’univers des jeunes