Jeunes


L’étude de la religion chez les jeunes combine deux défis des plus stimulants. D’une part, nous devons faire face à la mouvance des frontières du champ du religieux sous l’effet d’interprétations contrastées de la situation contemporaine: disparition de la religion ou retour? Hypersécularisation ou désécularisation? Exculturation ou reconnexion avec la culture de la consommation ? Dérégulation du religieux ou recomposition? Quant à la jeunesse, la définition de cette période dite de transition pose aussi question: où mène ce passage dès lors que l’attrait de la nouveauté et l’idéal de rajeunissement semblent avoir détrôné l’intérêt pour la maturité et la sagesse? Qu’est-ce qu’être jeune, adulte ou vieux dans une société où l’horizon de la vie se transforme et dans une culture qui cherche à faire disparaitre la mort? S’attaquer à ces défis permet d’explorer la fécondité de ce champ d’étude non seulement pour la compréhension de la «jeunesse-vécue», mais, plus globalement, du religieux et de la société contemporaine. Conférence de Jean-Philippe Perreault, professeur en sciences des religions, dans le cadre des Midis-CIEQ Jeudi 25 janvier 2018, 12h Pavillon De Knonck, local 3244, Université Laval  Entrée libre. Bienvenue à toutes et à tous ! AFFICHE

Quand il n’est plus possible de vieillir… | Midis du CIEQ


Le 24 octobre prochain, discussion avec Charles Mercier (Université de Bordeaux)  à l’occasion de la sortie de l’ouvrage Identités religieuses et cohésion sociale. La France et le Québec à l’école de la diversité (Le Bord de l’eau, 2016) en présence de certains des auteurs.

Conférence: À l’école de la diversité!




Projet Jeunes et religions au Québec : état des lieux et développement pédagogique Objectifs Faire un état des lieux des recherches sous le thème « jeunes et religions au Québec » par une revue de littérature. Identifier les thèmes porteurs et les nouveaux enjeux. Faire un état des tendances de recherche en sociologie de la jeunesse. Formuler des propositions pédagogiques pour l’intégration de ces nouveaux contenus Organiser un colloque sur ce sujet. Publier les résultats. Chercheurs Jean-Philippe Perreault, Université Laval, responsable Oriane Elatri, Université Laval, assistante de recherche Échéancier Octobre 2015 à décembre 2016 Financement Chaire Jeunes et religions, Université Laval

Recherche Jeunes et religions au Québec: état des lieux



Les JMJ comme espace de composition de l’identité religieuse La Journée mondiale de la jeunesse (JMJ) de l’Église catholique est un lieu d’enquête et d’analyse particulièrement propice pour qui s’intéresse aux rapports des jeunes aux religions. Il s’agit non seulement d’un des plus grands rassemblements religieux mondial, mais sa configuration rend possible l’observation et la documentation d’un type de religiosité particulier, traversé par les rapports à l’institutionnel, à la mondialisation, à l’événementiel, à la médiatisation, à l’individualisation et la personnalisation des itinéraires de sens; et ce, dans des contextes où l’expression publique de la foi et la manifestation de l’appartenance religieuse sont soumises aux normes de sociétés et de cultures plus ou moins sécularisées. L’événement est concentrateur/révélateur de ce qui se trouve produit lorsque la jeunesse et l’autorité d’une institution religieuse se rencontrent dans la culture contemporaine mondialisée. Né de travaux et de collaborations amorcés dans le cadre du projet de recherche aquitano-québécois Jeunes et éducateurs dans la démocratie des identités (JEDI), le présent projet s’intéresse aux rapports des jeunes au religieux. Dans une approche à la fois interdisciplinaire et internationale, il veut décrire et comprendre les processus d’élaboration des identités religieuses en documentant et analysant l’un des espaces illustres de cette composition que sont les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de l’Église catholique. D’abord porté par une équipe franco-québécoise de quatre chercheurs, ce projet à l’intention de multiplier les collaborations en différents pays afin d’élargir la collecte de données et de mener des analyses comparatives. En plus de la production scientifique, ce projet aurait pour retombées la consolidation et le développement d’un réseau international de recherche autour du thème « jeunes, identités et religions ». Chercheurs responsables Charles Mercier, Université de Bordeaux (ESPE d’Aquitaine) Jean-Philippe Perreault, Université Laval Sara Teinturier, EPHE-GSRL, Paris / Université de Montréal Yann Raison du Cleuziou, Université de Bordeaux Les JMJ: question générale de la recherche Les quelques rares études sur les JMJ laissent croire que les jeunes y participent notamment pour briser l’isolement dans une culture sécularisée où leur engagement religieux les confine à la marginalité (Warren, 2006 ; Perreault, 2006). En ce sens, les JMJ seraient l’occasion pour l’Église catholique de contrer les effets de la sécularisation en présentant aux jeunes comme à l’ensemble de la population un religieux s’inscrivant avec pertinence et dynamisme dans la sphère publique (Halter, 2012). De plus, au nombre des attentes chez les jeunes, on note un désir d’approfondir leur foi et leur vie spirituelle, d’explorer et de partager sur la manière dont les catholiques du monde entier vivent leur foi et de vivre une expérience intense de rassemblement et de pèlerinage (Rymarz, 2007). L’intérêt pour les JMJ vient de l’effet de contraste : l’intensité de la rencontre tranche radicalement avec la vie religieuse vécue en paroisse ou dans de petits groupes (Rymarz, 2007) au point de produire chez les participants une « expérience de l’extraordinaire » (Perreault, 2006) qui n’est pas sans nous rappeler les propos de Durkheim : cette expérience ferait « jaillir la sensation du sacré sous sa forme première » et donner ainsi à l’individu « un sentiment plus vif de la double existence qu’il mène et de la double nature à laquelle il participe  » (Durkheim, 1998, p. 313-314). Ainsi, si l’on connaît les motivations, les effets et la religiosité propre à ces grands rassemblements, nous sommes par ailleurs bien peu informés sur l’inscription de cet événement 1) dans l’itinéraire spirituel des jeunes qui y participent, 2) dans la culture contemporaine trop rapidement et commodément décrite comme « sécularisée », 3) dans l’évolution historique du catholicisme. Dans une approche inductive, la question générale de recherche qui guide cette enquête peut donc se formuler ainsi : […]

Projet de recherche sur les JMJ


« Nous sommes passés de l’ère du V-8 à l’ère du 4G! » La voiture, symbole de la jeunesse et du passage à l’âge adulte serait remplacée désormais dans les cultures jeunes par Internet et le téléphone intelligent, soutient Fabien Loszach. | Photo: Jérémie Kyala, Le monde en images, CCDMD Dans une chronique fort intéressante de la toute aussi intéressante émission La sphère de la première chaine de Radio-Canada, Fabien Lauszach note le changement symbolique dans la culture jeune: ils rêvent tout autant de mobilité, affirme-t-il, mais la voiture n’en est plus le symbole. Bien que je vous conseille d’écouter l’émission dans son intégralité, vous trouverez la chronique de Fabien Loszach à partir de 18 minutes 30 secondes. Sur Twitter, suivez Fabien Loszach (@Floszach), La sphère (@RC_Lapshère) et son stimulant animateur Matthieu Dugal (@MatthieuDugal) ______________________________________ Crédit photo : © Jérémie Kyala, Le monde en images, CCDMD, deuxième prix du Concours intercollégial de photo 2011-2012.

Du char au iPhone: changement symbolique



Quatrième citation d’une série qui nous rappelle que «les objets qui apparaissent dans le rétroviseur sont plus proches qu’ils ne paraissent». Comme à l’habitude, saurez-vous deviner de quoi il est question? Que décrit-on? Où et à quelle époque? | Par Jean-Philippe Perreault                                                             Citation:  « Ici, la fièvre dévaste par dizaines et le choléra par centaines. Ici, les gens se poignardent les uns les autres, et y pensent peu. Ici, des ruelles étroites, de hauts murs obscurs de maisons en pierre avec des fenêtres cassées, collées par du papier dans les étages inférieurs et bourrées de chiffons dans les étages supérieurs; degrés de misère que j’ai observés dans le Cowgate et dans l’ouest du Port d’Édimbourg. Ici, les femmes, pieds nus, calment leurs enfants aux esprits ardents, et les hommes brutaux qui tueraient leurs épouses et leurs enfants s’ils osaient. Ici des tas de poussière dans lesquels les porcs avec leurs longs groins […] se querellent pour de maigres os. Ici des fossés et des flaques d’eau, des tas de coquilles d’huîtres et de la vaisselle cassée, des tiges de choux et des fragments de chapeaux et chaussures. Ici, des avis déchirés sur les murs offrant des récompenses pour l’arrestation des voleurs et des assassins; pénible évocation d’actes sombres. Nous avons vu des femmes avec les cheveux emmêlés, debout dans les rues, et des hommes avec des visages pâles et les yeux injectés de sang, titubant ou assis la tête entre les mains, regardant par des fenêtres colmatées par des chiffons. Il y avait des enfants aussi, n’ayant d’enfant que le nom; enfance aride et sans innocence, apprenant, en zézayant, à prononcer le nom de Dieu en vain, préparation à une maturité de souffrance et de honte.» [Traduction maison approximative… désolé] Que décrit-on? Où et quand?        Réponse La jeunesse est une construction sociale. Son émergence est associée à la mise en place de systèmes d’éducation extrafamiliaux. Elle naîtra d’abord dans l’aristocratie et la noblesse pour ensuite gagner la bourgeoisie. Dans les classes ouvrières et paysannes, la jeunesse n’existe tout simplement pas. On passe de la petite enfance à l’âge adulte très tôt, dès que l’on est physiquement en mesure de travailler. Lors de l’instauration de la scolarisation obligatoire au Québec en 1943, on rapporte qu’à la Dominion Textile de Saint-Henri, des jeunes filles de 10 ans y travaillent. Ah oui ! Et la réponse à notre question : il s’agit des observations de globe-trotter Isabella Lucy Bird rapportées dans son livre « The Englishwoman in America ». Et elle y décrit la vie – de son point de vue – dans le quartier Saint-Roch à Québec, en 1854. D’ailleurs, pour mieux comprendre et apprécier ce quartier, on peut écouter l’épisode fort intéressant de Sans domicile fixe (SRC) qui a inspiré ce billet. Ce regard dans le rétroviseur met en évidence les importantes transformations du dernier siècle dans le rapport à l’enfance et aux enfants. Et si, comme bien d’autres quartiers, Saint-Roch a bien changé depuis, des inégalités demeurent : lorsqu’on compare avec certains secteurs de la haute-ville de Québec (Ste-Foy-Sillery-Cap Rouge), plus du double des résidents sont sans diplôme d’études secondaires – le triple dans le quartier voisin de St-Sauveur – et l’espérance de vie en santé est de 10 ans plus courte (Source). En ce sens, non, nous ne naissons pas tous égaux. __________________________________ Informations et crédits photo St-Roch en 1860 : Fiche du Musée McCord Crédits photo St-Roch aujourd’hui : Flirk

[Avancer en arrière #4] Le temps de l’enfance


Ce n’est pas avec un titre pareil que l’on fait l’unanimité. Cette association banalise l’expérience de foi, diront certains croyants alors que des « carrés rouges » y verront une tentative de récupération. Les uns comme les autres pourraient nous accuser de voir de la religion partout, et donc nulle part. Seulement, ce titre ne parle pas de religion, mais de religieux. Troisième note de recherche sur le « sens » du printemps québécois, au-delà du conflit sur les droits de scolarité.  | Par Jean-Philippe Perreault Avec toute la prudence nécessaire, Marco Veilleux l’évoque en entrevue : les manifestations des derniers mois auxquelles il a participé ont quelque chose de religieux. Ritualité, reconnaissance mutuelle, engagement pour « une cause » qui dépasse le seul intérêt des individus. Une forme religare qui crée du lien social, constate-t-il. Pourraient aussi s’ajouter la dimension transgressive et agrégative des manifestations, l’effervescence collective et la mise en scène, le discours des manifestants ayant, à l’occasion, des « consonances religieuses ». Aussi fascinants soient-ils, ces constats ne demeurent que des indicateurs. Il nous faut donc faire un pas de plus et tenter de comprendre le « il-se-passe-quelque-chose » tant entendu au cours des derniers mois; creuser jusqu’aux dimensions fondamentales, disons, de ces « moments fondateurs » que certains appellent des « troubles sociaux ». Religion et religieux Il en va de la religion comme d’autres faits collectifs : le processus de définition est incontournable et insatisfaisant à la fois. En sciences des religions, on a généralement abandonné depuis un certain temps la quête de la définition absolue et définitive. Il n’y en a pas de bonnes ou de mauvaises, il n’y a que des définitions plus ou moins opérantes, dit Peter L. Berger dès 1971. Cela dit, une distinction conceptuelle entre le religieux et la religion apparaît heuristique pour qui s’intéresse aux formes contemporaines du religieux/religion. Le religieux – le substantif et non l’adjectif – relève du processus d’établissement, à travers l’activité humaine, d’un ordre englobant toute la réalité et déterminant « le vraisemblable ». Le religieux est  « le fait des sociétés et/ou des individus dont elles se composent;  […]des individus agissant et (se) pensant en tant qu’individus, en tant que membres d’un groupe déterminé, membres de la société, ou en tant que parties prenantes de l’humanité ou du cosmos en général. » En somme, « le religieux est à la religion ce que le politique est à la politique. » (Caillé, 2003, p. 318). Il ne s’agit pas d’une substance, mais d’une catégorie (Gauthier, 2008). Ainsi, nous pourrions dire du religieux qu’il n’est pas tant ce que permet la croyance que ce qui la permet. Il offre un endoxa déterminant ce que l’on est autoriséà croire (Certeau, 1981).On peut considérer que les religions sont ces systèmes solidaires de sens et de croyances (Durkheim), plus ou moins institutionnalisés et confessants, c’est-à-dire explicites. Elles proposent, par la lignée croyante (plus ou moins longue) dans laquelle l’individu s’inscrit (Hervieu-Léger), une réponse à l’ab-sens (Raymond Lemieux) en offrant une voie de « salut » ou de « libération » dans certaines traditions. Ainsi, elles apparaissent comme « une communication symbolique régulière par rites et croyances se rapportant à un charisme fondateur (ou refondateur) et générant une filiation. » (Willaime, 2003, p. 260) L’unité imaginaire de la société La fonction du religieux est de produire « une unité imaginaire de la société, le vrai semblable d’un monde où l’être humain […] puisse trouver une place effective, c’est-à-dire pensable, imaginable. » (Lemieux, 1993, p. 39) Cette « unité imaginaire » est au cœur du social : la société en est le  produit et la productrice. Par conséquent, existe-t-il toujours des mythes, des personnages, des rites, des règles, des croyances qui n’appartiennent pas particulièrement à une religion, en substance et en « appellation contrôlée », mais qui procèdent tout de […]

Printemps érable est (aussi) religieux