Politique


Les réactions à la tuerie de la mosquée de Québec nous le démontre une fois de plus : lorsque la terreur frappe, les décideurs publics et les observateurs placent l’éducation au centre des dispositifs permettant de contrer la radicalisation, l’intégrisme, l’intolérance et de favoriser le vivre-ensemble. Nous pourrions ainsi croire que l’actualité des dernières années offre à la formation aux phénomènes religieux une pertinence sociale et une utilité qui la protège des remises en question de fond. Or, cette assurance n’y est pas. Table ronde avec Jean-Paul Willaime, Brigitte Caulier et Jean-Philippe Perreault. 

Table ronde: L’éducation au religieux à l’ère de la polarisation et de la radicalisation


Troisième citation d’une série qui nous rappelle que «les objets qui apparaissent dans le miroir  sont plus proches qu’ils ne paraissent». «  Il y a trente ans, 70 % des ministres québécois avaient moins de 50 ans. » Source : Élie Beley-Pelletier, Élise Demers et Samuel Doré, « Forum jeunesse au Québec et développement de l’expertise citoyenne » dans Bernard fournier et Raymond Hudon, Engagement citoyen et politique de jeunes. Bilans et expériences au Canada et en Europe, Québec, PUL, 2012. Les paris sont ouverts : dans l’actuel gouvernement Charest, quelle est cette proportion? Réponse: … 12 %. Des 26 membres du Conseil des ministres, seulement 3 ont moins de 50 ans. C’est dire que 88 % ont 50 ans et plus, la moyenne et la médiane se situant à 56 ans, selon nos propres recherches et calculs. L’âge ne dit pas tout, bien sûr. Cependant, si les 18-35 ans représentent environ 20 % de la population, il est intéressant de constater que seule la ministre Yolande James est dans la trentaine.

[Avancer en arrière #3] Ministres: l’âge ne dit pas tout, mais…



Marco Veilleux réfléchit, analyse, discute, échange, manifeste. Et de ces activités, il en « facebooke » une large part. Comme citoyen d’abord, nous dit-il. Mais aussi comme croyant. Rompu à l’analyse sociale et inscrit dans un catholicisme québécois engagé pour la justice,  il nous livre son regard sur le printemps québécois. «Moi, je veux y aller avec ma casserole parce que je ne suis pas d’abord là comme catholique ou comme croyant, mais je suis là comme citoyen. […] En même temps, je ne peux pas comme croyant faire abstraction de ce que cela pose comme interpellation. Par exemple, les casseroles, c’est devenu une espèce de rituel. À 8 h tous les soirs, tu quittes tes occupations habituelles et tu vas au coin de la rue avec des gens que tu connais plus ou moins. Et là tu joues de la casserole alors la dimension rituelle est assez évidente. Avec les casseroles, il y a quelque chose de rituel, mais il y a quelque chose de religieux, entre guillemets. En termes de religare, de relier. Tu te sens relié à tes concitoyens au nom d’une cause plus grande. Et ça, c’est que fait la religion depuis toujours : relier les gens, créer du lien social. Et  cette grève étudiante a créé du lien social de manière étonnante.» Alors que le conflit polarise les opinions,  il nous offre l’occasion de comprendre pourquoi, au nom de quoi et comment il manie la casserole. Radiographie sans prétention d’un parcours au cœur de ce mouvement dont l’ampleur et la pugnacité, si elles réjouissent les uns et exaspèrent les autres, nous mettent tous au défi de comprendre ce que printemps révèle de la jeunesse et de la société québécoise. Balado: Regard sur le printemps érable | Marco Veilleux [ Disponible sur ITunes]   En complément : Centre Justice et foi Un des articles de Marco Veilleux: « Jeunes chrétiens en recherche » sur la foi et l’engagement des jeunes |  Relations   «Le printemps étudiant à la lumière de Pâques», collectif d’auteurs réunis par le CJF, Le Devoir

[Balado] Regard d’un engagé sur le printemps québécois


Bien des commentateurs de ce printemps québécois aimeraient n’y voir que confusion. « Qu’ont à voir ces défilés festifs de corps de batterie de cuisine avec les revendications étudiantes?», lancent-ils alors qu’ils cherchent une question à leurs réponses. Le plus simple : tout. Deuxième de trois billets sur le printemps québécois. | Par Jean-Philippe Perreault  En février, il s’agissait d’un conflit entre le gouvernement et des étudiants des collèges et des universités. Dès mars, la mobilisation s’élargissait et l’on pouvait parler, avec prudence, d’un mouvement social. Loi 78 et milliers de casseroles plus tard, comment décrire cette histoire qui s’écrit? Alors que tout un chacun cherche une « sortie de crise », de quelle crise faut-il sortir? Casseroles et conflit étudiant sont liés, dans la mesure où ce dernier n’est qu’une illustration de l’impasse dans laquelle de nombreux Québécois de tous âges, mais particulièrement certains jeunes, se trouvent piégés. Quelle impasse, direz-vous, nous vivons dans un pays riche et libre où chacun peut faire sa place, non? Bien voilà: l’impasse tient précisément à l’obligation de faire sa place et sa réussite alors que les conditions sociales et politiques excluent ceux qui n’arrivent pas (ou plus), à un moment où l’autre de leur vie, à jouer le jeu. Le son des casseroles est un appel à en changer les règles, un « Time Out ! » collectif, une contestation de l’arbitre pour partialité… et corruption. Il est raisonnable de lire dans cette protestation envers un gouvernement « démocratiquement élu » l’état d’un politique qui n’est plus en mesure de résister aux assauts des logiques marchandes et de leur imaginaire religieux; une régulation qui va bien au-delà de la dimension strictement économique et qui signe l’« unification [du monde] sous le signe du marché », et ce, jusqu’au « régime du croyable », une mutation aux « conséquences anthropologiques incalculables », selon Marcel Gauchet (1998, p. 66). Et non, il ne s’agit pas d’une position idéologique et politique portée par ceux qui attendraient encore et toujours le Grand Soir. Mais un constat. Si vous êtes à même de repérer une régulation sociale centrale autre que celle du néolibéralisme et du marché, veuillez nous écrire S.V.P. et dans les plus brefs délais. Nous vous répondrons dès notre retour du Walmart. Mais pourquoi à ce moment-ci, alors qu’au cours des dernières années, l’indignation n’avait pas fait le printemps (érable)? Parmi les nombreux facteurs expliquant la situation, il y aurait l’atteinte d’un certain équilibre dans la tension entre l’abstrait et l’incarné, tension nécessaire à la mobilisation citoyenne. En les détournant un peu, nous pouvons reprendre les propos de Raymond Hudon dans un ouvrage récent (2012). Il nous rappelle qu’abstraction et dépolitisation vont de pairs. Ce sont des situations concrètes qui appellent la participation. La simple appartenance citoyenne ne suffit pas. En revanche, la participation politique nécessite aussi une certaine abstraction : se sentir concerné et interpellé au-delà des situations particulières. N’est-ce pas ce qu’a permis la loi 78? Des frustrations et exaspérations à la fois communes et différentes se sont trouvées incarnées dans un mouvement pugnace. Pour ceux qui perçoivent cette loi spéciale comme une menace à la démocratie – et ils sont plusieurs – le retentissement des casseroles est le refus du silence et de la résignation : voilà juste ce qu’il faut d’abstraction et d’incarnation. Et voilà ce que l’on retrouvait inscrit sur une banderole hier: « Ceci n’est pas un conflit étudiant, c’est une société qui se réveille ». Si une image est nécessaire pour illustrer le tout, nous ne pouvons que citer un extrait de ce très beau texte de Raynald Robinson paru dans le Devoir : « Je marche et, tout à coup, au détour d’une rue, à la […]

Sortie de crise: de quelle crise?



Alors que la grève étudiante fait rage un peu partout au Québec, impossible de ne pas songer à la célèbre provocation de Pierre Bourdieu : « la jeunesse n’est qu’un mot ». Sur les places publiques et dans la rue, dans les assemblées étudiantes et sur les parvis des pavillons universitaires, dans l’œil de l’hélicoptère et à la une des journaux, sur les blogues et lors de tribunes téléphoniques, une jeunesse se crée par la force des mots et des images. Et ceux qui en parlent en disent plus sur eux que sur les jeunes. Inévitablement.

Grève étudiante: la force des images et des mots