Temps/Mort/Espace


RELIGION ET ÉDUCATION De qui et de quoi parle-t-on lorsque nous évoquons la religion? La création du Groupe de travail sur la place de la religion à l’école (GTPRE), en octobre 1997, a lancé la dernière étape du mouvement de déconfessionnalisation du système scolaire. Il avait été amorcé en 1964 par la création du ministère de l’Éducation puis poursuivi en juillet 1997 par la transformation des commissions scolaires catholiques et protestantes en francophones et anglophones. Restait l’école demeurée catholique ou protestante. La ministre de l’Éducation, Mme Pauline Marois, a alors donné au GTPRE le « mandat général d’examiner la question de la place de la religion à l’école, de définir les orientations pertinentes et de proposer des moyens en vue de leur mise en œuvre ». Son rapport remis en mars 1999 a mené, à compter de l’an 2000, à la déconfessionnalisation totale des écoles et à la mise en place du programme Éthique et culture religieuse. L’ex-président du GTPRE, Jean-Pierre Proulx, rendra compte de ses délibérations et de ses conclusions. Mercredi 19 juin 2019 | 13h30-15h30 Jean-Pierre Proulx Jean-Pierre Proulx est spécialiste des institutions scolaires québécoises. Il a d’abord été journaliste au Devoir (1968) puis professeur à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal (1991). Il a présidé le Groupe de travail ministériel sur la place de la religion à l’école (1997-1999) et le Conseil supérieur de l’éducation (2002-2006).

[École d’été] » La religion à l’école|Jean-Pierre Proulx


RELIGION De qui et de quoi parle-t-on lorsque nous évoquons la religion? À l’instar de la jeunesse, la religion est une construction sociale sujette à de multiples acceptations selon l’époque, la culture et les acteurs concernés. Depuis quelques années, elle fait même l’objet d’intenses débats politiques et juridiques, tant la désignation religieuse – ou culturelle, par exemple – d’une pratique, d’un symbole ou d’un objet balise la place que ceux-ci peuvent occuper dans l’espace public dit « laïc » ou « neutre ». Sociale, la définition de la religion est par là un enjeu aussi bien scientifique que politique. Nous chercherons dans le cadre ce cours à explorer les enjeux de la définition de la religion pour le chercheur et pour les institutions publiques. Quelles sont les diverses approches sociologiques en matière d’étude de la religion – le sacré, le religieux, le transcendant, le spirituel? Que permettent-elles de saisir et de souligner semblablement et différemment? De même, quelles définitions de la religion adoptent les institutions publiques, au premier chef l’État? En vertu de quels critères, de quels contextes sociohistoriques et de quelle religion de référence? Enfin, plus encore, comment les chercheurs eux-mêmes sont-ils mobilisés par l’État ou par le débat public pour circonscrire le religieux? Comment contribuent-ils à la construction sociale de la religion? Quelques cas récents seront étudiés (Québec, France et Italie), dont le procès Mouvement laïque québécois c. Saguenay (ville de), portant sur la récitation d’une prière lors du conseil municipal de la ville de Saguenay, et la présence d’une statue et d’un crucifix dans son enceinte. Cet exposé a pour objectifs de : – Explorer différentes définitions des termes « religion, religieux et culturel » – De décrire les enjeux et les défis liés à la manière de penser la religion, tant pour les chercheurs que pour les différents intervenants. Lundi 17 juin 2019 | 13h30-15h30 Jean-François Laniel Détenteur d’un doctoral en sociologie de l’Université du Québec à Montréal (2018), Jean-François Laniel est professeur adjoint à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval depuis janvier 2019. Ses recherches portent sur les liens entre la tradition et la modernité; entre la religion, la culture et le politique; entre le christianisme et le nationalisme; entre l’Église et l’État – au Québec, au Canada français et au sein des petites nations. Il cherche à comprendre comment s’instituent les sociétés sur la moyenne et la longue durée, à partir de matrices religieuses et politiques propres, à l’aide d’une approche socio-historique comparée. Ces dernières années, il s’est penché sur les enjeux du catholicisme culturel, de la gestion de la diversité, des modèles de laïcité, du nationalisme transfrontalier et du nationalisme éthique. Il a effectué des séjours d’études à la European Academy of Bozen/Bolzano et à la Central European University (Budapest), ainsi que des séjours de recherche à l’École Pratique des Hautes Études (Paris) et au département de sociologie de la University of Michigan (Ann Arbor). Il a notamment publié dans Études d’histoire religieuse, Nations and Nationalism, Recherches sociographiques, Sciences religieuses/Religious Studies, Sociologitcheski problemi, Social Compass et Voix et images.

[École d’été] Définir la religion|Jean-François Laniel



RELIGION ET NUMÉRIQUE Les jeunes et le cyberreligieux Depuis le début des années 2000, les sondages nous révèlent une montée importante de la catégorie des sans-religion. Ce phénomène semble toucher particulièrement les jeunes de 18 à 35 ans. Certaines enquêtes estiment que l’usage d’Internet serait responsable pour 20 % de cette augmentation. Mais sur internet, on trouve aussi des jeunes qui s’investissent dans les institutions religieuses ou d’autres qui créent de nouvelles religions en utilisant ce médium. Sur les sites web d’hébergement de vidéos comme YouTube ou Dailymotion, on retrouve des reprises de grands succès musicaux commerciaux par des nouveaux mouvements religieux. C’est ainsi que la chanson Get Lucky de Daft Punk est utilisée par des juifs hassidiques pour exposer les principes de la fête de Rosh Hashanah, que Gangnam Style du chanteur coréen Psy devient Mormon Style et que Uptown Funk de Mark Ronson permet à des évangélistes de présenter la fête de Pâques. Toujours sur internet, surgissent de nouvelles religions ici et là : Discordianism, Church of All Worlds, Church of the SubGenius, Jediism, Matrixism, The Official Church of Google, Church of the Flying Spaghetti Monster… Plusieurs de ces religions prennent leur source dans des œuvres de fiction bien connues de la culture populaire. La fiction devient religion! Que nous révèle ce cyberreligieux sur les rapports des jeunes aux religions? Annonce-t-il un retour, une éclipse ou une disparition des religions? Voilà quelques-uns des thèmes que nous aborderons en explorant et en analysant le cyberreligieux des jeunes d’aujourd’hui. Jeudi 20 juin 2019 | 13h30-15h30 Alain Bouchard Alain Bouchard est sociologue des religions et chargé de cours à la Faculté de théologie et sciences religieuses de l’Université Laval. Il coordonne également le Centre de ressources et d’observation de l’innovation religieuse (CROIR). Ses champs d’intérêts concernent notamment le religieux contemporain, les nouveaux mouvements religieux et leurs contextes d’émergence.

[École d’été] Les jeunes et le cyberreligieux | Alain Bouchard


RELIGIOSITÉ L’évolution des rapports à la religion au Québec (1960 à nos jours) Le mythe de la Révolution tranquille/Grande noirceur au Québec insiste sur la rupture. Avant 1960, dit-on, les Québécois auraient vécu dans une société entièrement définie par le catholicisme et, après 1960, ils en auraient été libérés et auraient enfin accédé à une vie entièrement séculière où toute religiosité était reléguée dans l’univers privé. Lors de notre conférence, nous chercherons à nuancer ce mythe et à présenter certaines idées et données permettant de mieux comprendre que ce changement social (car changement il y a eu) s’est aussi effectué dans une certaine continuité. Nous proposerons de plus une périodisation plus juste des rapports ambivalents que les Québécois entretiennent à la religion catholique (notamment) et au fait religieux dans son ensemble. Nous verrons comment à l’aide de cette nouvelle périodisation de nombreux phénomènes contemporains, tels les débats entourant la laïcité au Québec, deviennent plus compréhensibles, voire prévisibles. Mardi 18 juin 2019 | 13h30-15h30 E.-Martin Meunier Professeur titulaire à l’École d’études sociologiques et anthropologiques de l’Université d’Ottawa, E.-Martin Meunier est titulaire de la chaire « Québec, francophonie canadienne et mutations culturelles ». Il dirige la Collection «21e – Société, histoire et cultures » aux Presses de l’Université d’Ottawa. Ses recherches portent sur différents sujets, allant de la sociologie de la société québécoise à la sociologie des religions, en passant par l’analyse sociale et historique du Canada-français.

[École d’été] L’évolution des rapports à la religion | E.-Martin Meunier



JEUNESSE La jeunesse…Quelles jeunesses? Défis et enjeux de la définition De qui et de quoi parle-t-on lorsque nous évoquons la jeunesse? La jeunesse est une construction sociale, objet de manipulation. Les interventions auprès des jeunes et les discours sur la jeunesse – tant ceux qui la valorisent que ceux qui la critiquent – construisent et reconstruisent sans cesse ce groupe et ce temps de vie en attribuant aux jeunes des traits (souvent présentés en termes générationnels), une place et un rôle. D’abord définie dans les représentations collectives, ces représentations de la jeunesse sont contrôlées par les structures éducatives, communautaires, politiques… et religieuses. C’est dire que bien au-delà de la question de l’âge (biologique), la manière dont nous percevons la jeunesse détermine nos engagements à son égard. Comment penser ce groupe social et ce temps de vie au-delà des fantasmes et des projections du monde adulte? Qu’est-ce que cette période décrite comme de transition ou de passage? Qu’est-ce qu’être jeune, adulte ou vieux dans une société où l’horizon de la vie se transforme et dans une culture qui cherche à faire disparaitre la mort? En somme, de qui parle ce « eux » et ce « nous » distinctifs? Cet exposé a pour objectifs de : – Explorer différentes définitions des termes « jeune, jeunesse, générations »– De décrire les enjeux et les défis liés à la manière de penser la jeunesse, tant pour les chercheurs que pour les différents intervenants. Lundi 17 juin 2019 | 8h30-10h30 Jean-Philippe Perreault Jean-Philippe Perreault est professeur à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval et titulaire de la Chaire Jeunes et religions. Ses travaux s’inscrivent en sciences des religions, dans une approche sociologique. Ses principales activités de recherche et d’enseignement s’articulent autour de deux thèmes principaux. Le premier porte sur la jeunesse et les configurations contemporaines du religieux. Il s’intéresse aux espaces (re)composition actuels, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des traditions religieuses: évolution récente du catholicisme québécois, médias, religion numérique, religiosité des grands rassemblements, itinéraires de sens des jeunes. Le second porte sur la spiritualité, l’éthique et à la culture religieuse en éducation. Avec Jean-François Laniel, il est responsable de l’école d’été 2019.

[École d’été] Définir la jeunesse | Jean-Philippe Perreault


RELIGIEUX MONDIALISÉ Les religions et la mondialisation : une étude de cas à partir des Journées mondiale de la jeunesse de Jean-Paul II Organisées tous les deux ou trois par l’Église catholique depuis 1985, les Journées mondiales de la jeunesse sont des grands festivals mondialisés réunissant plusieurs centaines de milliers de jeunes dans des pays d’Europe, d’Amérique ou d’Asie. Leur étude permet d’observer les relations entre une religion, le catholicisme, et la mondialisation. Les JMJ sont des produits dérivés de la mondialisation. Mais elles en sont également l’une des actrices. Elles cherchent en effet à orienter la mondialisation selon des principes spirituels. Elles contribuent à « globaliser » les jeunes qui y participent. Objectifs: 1/ Analyser la manière dont les religions se saisissent des opportunités de la mondialisation pour renouveler leur offre à l’égard des jeunes 2/ Comprendre comment les religions mobilisent les jeunes pour orienter la mondialisation selon des principes spirituels (et non économiques) 3/ Comprendre comment la religion permet à certains jeunes de traverser les frontières non seulement spatiales mais aussi culturelles. Mercredi 20 juin 2019 | 8h30-10h30 | En visioconférence Charles Mercier Charles Mercier est maître de conférences en histoire contemporaine (22e section du CNU) à l’Université de Bordeaux (ESPE) et membre junior de l’Institut universitaire de France. Ses recherches actuelles tournent autour du catholicisme, des jeunes et religions, ainsi que des Journées mondiales de la jeunesse de Jean-Paul II.

[École d’été] Religions et mondialisation | Charles Mercier



MOBILITÉS RELIGIEUSES La conversion à l’islam chez les jeunes : entre réseaux de sociabilité et trajectoires d’identification Dans cet exposé, nous présenterons les premiers résultats d’un projet de recherche ethnographique qui s’intéresse à de jeunes adultes convertis à l’islam ou qui témoignent d’une forte attirance pour cette religion au Québec. La recherche vise à documenter les modes de sociabilité, les processus d’identification ainsi que les formes d’engagements politiques de cette population en tenant compte des représentations de l’islam qui orientent ces comportements. Sans se focaliser sur les jeunes radicalisés, nous décrirons les grandes tendances qui ressortent de nos données en reliant le phénomène au contexte québécois. Jeudi 20 juin 2019 | 8h30-10h30 | En visioconférence Géraldine Mossière Géraldine Mossière est anthropologue et professeure agrégée à l’Institut d’études religieuses de l’Université de Montréal. Elle est membre du groupe de recherche Diversité urbaine et actuellement professeure invitée à l’institut d’ethnologie méditerranéenne, européenne comparative (IDEMEC) à Aix-en-Provence (France). Ses travaux de recherche portent sur les comportements religieux dans les sociétés contemporaines selon une perspective ethnographique. Ses travaux touchent les questions liées aux comportements religieux contemporains et à la diversité religieuse dans les sociétés sécularisées. Elle s’intéresse en particulier aux diverses dimensions des conversions religieuses (transnationalisme, dynamiques interethniques et intergénérationnelles) ainsi qu’aux subjectivités (non)-croyantes contemporaines (spiritualité, guérison, néolibéralisme).

[École d’été] La conversion à l’islam chez les jeunes | Géraldine Mossière


RADICALISATION Le processus de radicalisation menant à la violence (RMV) et les médias Solange Lefebvre, directrice du projet, et Mathieu Colin, doctorant et auxiliaire de recherche au sein de celui-ci, résumeront les résultats d’un projet interdisciplinaire ayant visé à mieux comprendre le rôle joué par plusieurs types de médias sur les perceptions des Québécois et sur la dynamique de la radicalisation menant à la violence (RMV). Il s’agit d’une Action concertée financée par le ministère de l’Immigration, de la diversité et de l’inclusion, de même que Fonds de Recherche du Québec – Société et Culture (FRQSC). Le projet visait notamment à répondre aux questions suivantes: quelles sont les perceptions de la population québécoise quant aux diverses formes de RMV? Quels impacts ont différents contenus, styles et plates-formes médiatiques ? Quel est le rôle des MMS dans la dynamique de la RMV et dans la formation de noyaux de radicalisation? Il s’agissait de se pencher sur plusieurs types d’extrémisme, tant d’extrême droite, d’extrême gauche que djihadistes violents. Afin d’atteindre les objectifs, l’équipe de recherche a effectué deux sondages, deux expériences en laboratoire sur les perceptions médiatiques, des analyses de banques de données, des entrevues et observations qualitatives. Les besoins qui sont à la base de cet appel de propositions concernent avant tout la prévention et la compréhension fine de la RMV et, de manière associée, la dé-radicalisation ou contre-radicalisation (Gouv. Québec 2015). Les méthodologies choisies ont permis de recueillir les données susceptibles de répondre à ces besoins. L’exposé mettra l’accent sur les jeunes radicalisés, leurs profils, les enjeux convictionnels, les processus et le rapport aux médias. Vendredi 21 juin | 8h30-10h30 Solange Lefebvre Solange Lefebvre est professeure titulaire à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal. Elle est actuellement titulaire de la Chaire en gestion de la diversité culturelle et religieuse et fut fondatrice du Centre d’études des religions (CERUM) de l’Université de Montréal, qu’elle a dirigé jusqu’en décembre 2008. Ses champs d’expertise variés portent entre autres sur la culture et la religion dans la sphère publique, la laïcité et la sécularisation, les rapports de générations ainsi que sur les jeunes et la radicalisation. Solange Lefebvre, Cultures et spiritualités des jeunes, Montréal, Fides, 2008 Mathieu Collin Mathieu Collin est candidat au Ph.D. en sciences des religions à l’Institut d’études religieuses, depuis septembre 2018, et détenteur d’une maîtrise dans le même champ de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. Il mène des recherches sur les courants ésotériques et la croissance du nombre des personnes se disant sans religion. Il s’intéresse en particulier à certains groupes anti-théistes et/ou athées, qui s’impliquent dans le champ juridique et politique aux États-Unis. Ces groupes cherchent notamment à laïciser l’espace public.

[École d’été] Radicalisation et médias | Solange Lefebvre et Mathieu Collin