Transmission


Trois soirées en avril 2012 où, par une formule ouverte et attentive, Fjord jeunesse et ses partenaires se sont mis à l’écoute de la génération Y, de leurs attentes, projets et quêtes. Récit, constats et questions avec Jocelyn Girard, l’un des organisateurs du Forum re-génération Y. Un balado qui donne la parole aux intervenants.  | Par Jean-Philippe Perreault Par ses intentions et sa formule, cette initiative  – dont les suites sont déjà prévues – nous informe sur les défis rencontrés par des mouvements catholiques lorsqu’ils souhaitent, en toute ouverture, entrer en dialogue avec des jeunes. En entrevue, Jocelyn Girard nous explique l’origine de ce forum, rend compte de ses temps forts et nomme avec honnêteté certaines déceptions dont le mérite est de relancer les questions. Présentation d’une expérience d’exploration dans l’univers spirituel et religieux des jeunes. Balado: À l’écoute des 18-35 | J. Girard sur le Forum re-génération Y En téléchargement Disponible sur ITunes En complément… Fjord jeunesse Stéphane Simard, Génération Y,  [mentionné par J. Girard dans le balado] Olivier Rollot, Génération Y, Paris, PUF, 2012 Crédit photo de la une : Stoned59 via photo pin cc

[Balado] À l’écoute des 18-35


Ce billet est tiré d’un article publié dans Vivre et célébrer, vol.43, No 200, hiver 2009, p. 17 à 22.  « Tu es né en 1968? Tu appartiens à la génération X, alors! » Extrait connu d’une conversation que nous avons tous eue. S’y trouve exposée l’utilité du concept de génération : fournir un repère permettant de s’inscrire dans une chronologie qui, autrement, nous semble fuyante. Comme tout processus de catégorisation, le recours aux générations permet de nommer le réel en construisant des réalités et, ce faisant, de comprendre et de donner sens. Pourtant, en certaines conditions, le recours aux générations mène à l’inverse. La multiplication des dénominations générationnelles, principalement sous l’impulsion des publicitaires et des commerçants, brouille les cartes. Alors que l’on classe pour y voir plus clair, la surcatégorisation nous plonge en pleine nébuleuse. « Baby-boomers », « Baby-busters », « Echo-boomers », « X », « Y », « Z », « Passe-partout », « téflon »,  « enfants-roi », « silencieuse », « post-11 septembre »… Dernière nomination en lice ? « Génération C », ces « jeunes Québécois nés entre 1984 et 1996, qui sont tombés dans la marmite technologique quand ils étaient petits. » (Source : Dion-Viens) En fractionnant à partir de dénominateurs aussi particuliers, non seulement le paysage est flou, mais les espaces de reconnaissance et de solidarité sont plus difficiles à dégager. On se trouve à créer de la différence sans être en mesure d’en juger l’importance. Si la condition à une pratique intergénérationnelle ou à une analyse générationnelle pertinentes est la prise en compte des toutes ces caractéristiques qui font naître spontanément autant de générations, il y a de quoi à déclarer forfait! Devant l’usage souvent étonnant que l’on réserve au découpage générationnel et aux relations intergénérationnelles, permettons-nous quelques précisions. Savoir reconnaître les générations Si faire de l’intergénérationnel, c’est simplement aller à rencontre d’une autre génération, la véritable question est de savoir ce qu’est une

Multiplication des générations. Quelles générations?



[ Avant de lire ce billet…] Premier de deux billets qui visent à bousculer quelques « lieux communs » ou clichés à propos des jeunes et de leurs rapports à la religion. * * * La crise de transmission dont seraient victimes les jeunes – ou institutions ? – est une constante dans les enquêtes des dernières décennies sur le rapport des jeunes aux religions de tradition. Ainsi, ce constat sert-il d’assise à ce que nous appelons ici «  un lieu commun »: la crise de transmission expliquerait le « recul du christianisme » chez les jeunes générations (nous pourrons faire la synthèse de ce recul dans un prochain billet). Dans leur célèbre recherche des années 1990, Jacques Grand’Maison et son équipe de l’Université de Montréal en arrivent à une conclusion sans équivoque : Plusieurs de nos témoins n’ont plus la culture religieuse ou chrétienne nécessaire pour tenir un discours religieux cohérent. Ce sont des brides [sic] de références, des souvenirs éclatés où l’on trouve difficilement les mots pour dire même sa propre expérience religieuse. La mémoire religieuse est de plus en plus vague. La structure la meilleure pour se situer et situer les autres, c’est l’astrologie! Serait-ce la seule structure globale de signification, d’identification et de communication qui reste?[1] Et le nœud de cette crise serait le rapport à la mémoire. Pour faire court, comment et pourquoi transmettre un héritage religieux, un passé dont plusieurs prétendent s’être libérés alors que nous sommes désormais plongés dans une culture et une société gouvernées par l’impératif du changement, toute tournée vers l’avenir, persuadée d’avoir la force, en elle-même, de s’inventer et de se créer? Cette crise de la transmission – dont il ne m’apparaît pas nécessaire d’en dire davantage – se combine à différents et complexes processus au point où on ne sait plus très bien discerner les causes des conséquences. L’œuf, la poule, le coq… on s’y perd ! (il nous faudra aussi revenir sur cette question). Sans nier cette crise, insistons ici  sur une précision qui n’est banale qu’en apparence : il s’agit d’une crise de transmission de la culture religieuse catholique qui ne concerne les jeunes d’aujourd’hui que par… transmission. Cette rupture n’est pas la leur. Les boomers, tout autant que les jeunes parents d’aujourd’hui, ont transmis et transmettent encore. Il va de soi que les modalités ont changé et que la transmission est plus ambivalente. Toutefois, on ne constate « nulle différence spectaculaire en ce qui a trait aux objets de croyance, qu’ils soient nouveaux ou traditionnels[2] » entre les baby-boomers et leurs enfants. Des données statistiques indiquent que, pour le Québec encore plus que pour le ROC, celui « qui cherche […] des effets de génération en trouvera peut-être beaucoup plus entre les aînés et les boomers qu’entre ceux-ci et les jeunes ». En somme, ce qui se confirme ici est « d’abord l’importance de la rupture culturelle survenue lors des années 1960[3] ». Dans cette optique, la rupture consumée par l’arrivée des baby-boomers marque non pas une règle, mais une exception. Dit simplement, si les boomers ont habité un monde différent de leurs parents, leurs enfants et petits-enfants habitent aujourd’hui pour l’essentiel le même monde qu’eux. La génération du baby-boom a repris l’héritage religieux des parents pour ensuite se forger une religion « spiritualisante », inaugurant l’ère de la religion sans institution qui est aussi celle de leurs enfants. Mue par un idéal de liberté et ainsi par respect pour le libre choix de ses enfants, cette génération s’est retenue de transmettre la substance de l’héritage chrétien… tout en continuant de les faire baptiser dans des proportions très importantes — de 98% à 88,7% de […]

Orphelins ou héritiers? Interroger les « lieux communs » 1/2